7 octobre 1888
Le Faou. — De notre correspondant, le 15:
Hier, vers trois heures de l’après-midi, l’équipage du bateau de sable François n° 504, de Logonna-Daoulas, patron Le Gall Guillaume, était en train de décharger, quand le mousse, fils du patron, âgé de 14 ans, vint par mégarde en mulonant le sable jeter quelques grains sur le jeune R…, âgé de 5 ou 6 ans environ qui jouait à proximité.
La mère de cet enfant surexcitée sans doute par de nombreuses libations se mit à insulter les marins ; ceux-ci, il faut leur rendre justice, ne furent pas en reste. Ils échangèrent pendant quelque temps toutes espèces de gros mots. Le vocabulaire épuisé, les marins se remirent à l’ouvrage; tout semblait bien fini, quand la femme R… se dirigea vers le jeune mousse, prenant la peine de contourner le tas de sable, de façon à le surprendre mieux, alors d’un mouvement brusque, mais bien assuré, elle le précipita du quai dans le bateau. Le pauvre enfant est tombé d’une hauteur d’environ 8 mètres, sur des morceaux de bois légèrement recouverts de sable; si par malheur il était tombé sur les pelles ou tout autre objet, il eut eu la tête fendue.
Relevé, il avait la figure en sang et se plaignait de maux de côtés.
Il fut immédiatement conduit chez M. le docteur Bourhis qui lui donna les premiers soins. Quand à la femme R…, elle semblait radieuse de ce qu’elle venait de faire, et disait à qui voulait l’entendre qu’elle ne le regrettait pas.
Le jeune mousse a été déposé dans une maison du quartier, son état ne lui permettant pas de repartir avec le bateau.
Les gendarmes auxquels le père du blessé a porté plainte ont fait une enquête qui procurera à la femme R… la jouissance de faire connaître sa prouesse aux juges de Châteaulin, mais là son éloquence ne sera plus la même.